
Sorti en salles le 12 août dernier, Tombé du ciel s’annonçait comme une comédie estivale sans prétention. Derrière l’affiche colorée et la promesse d’un choc des cultures traité sur le mode léger, le film mérite pourtant qu’on s’y arrête un instant, tant il s’inscrit dans une tendance plus large et plus ancienne : la banalisation de l’anticatholicisme sous couvert d’humour.
Le pitch est simple, presque attendu : un jeune musulman de Roubaix, exclu de son établissement scolaire, se retrouve envoyé dans un pensionnat catholique. Le choc culturel promet des situations cocasses, des quiproquos, un feu d’artifice de gags. Sur le papier, rien de scandaleux, le cinéma français a toujours aimé mettre en scène la rencontre entre des mondes qui s’ignorent.
Mais très vite, un déséquilibre s’installe. Le catholicisme n’est pas montré comme un monde parmi d’autres, avec ses richesses et ses limites : il est présenté comme un univers étrange, décalé, enfermé dans ses habitudes et ses rituels d’un autre âge. Face à lui, le personnage extérieur incarne le mouvement, l’ouverture, la modernité, la joie. Le contraste n’est pas neutre : il hiérarchise. D’un côté, la vie ; de l’autre, la poussière, bientôt le néant !
Ce procédé n’est pas propre à ce film. Il participe d’une mécanique que l’on observe depuis plusieurs années dans une partie du cinéma et de la télévision françaises. On ne combat plus le christianisme frontalement. On le ridiculise, patiemment, film après film, sketch après sketch.
Les prêtres et les religieux deviennent des personnages pittoresques, réduits à quelques tics et à une naïveté confondante. Les rites – la messe, la confession, la prière – se transforment en gags, en ressorts comiques faciles. Et ce qui constitue, pour des millions de croyants, le cœur même de leur foi – l’Eucharistie, les sacrements, le silence du recueillement – devient un simple accessoire de mise en scène, bon à faire rire une salle de cinéma.
Le problème n’est pas de rire. L’humour a toujours eu sa place face au religieux, et l’autodérision fait même partie de la tradition chrétienne elle-même. Le problème est celui de la répétition et de l’unilatéralité : quand un objet n’est plus jamais montré que sous l’angle du ridicule, jamais dans sa profondeur ni dans sa cohérence interne, le rire cesse d’être une simple respiration critique. Il devient un outil de disqualification.
À force de rire du sacré, sans jamais le montrer autrement que comme une curiosité désuète, on finit par ne plus le considérer comme sacré du tout. Ce n’est pas la caricature elle-même qui pose problème – toute satire caricature – mais son caractère systématique, son absence quasi totale de contrepoint, et la manière dont elle façonne, insensiblement, le regard collectif porté sur une religion et sur celles et ceux qui la vivent.
Tombé du ciel n’est ni le premier ni sans doute le dernier film à emprunter ce chemin. Mais son succès populaire, sa large diffusion et l’aisance avec laquelle ce type de représentation est aujourd’hui accepté – quand elle susciterait un tout autre débat si elle visait une autre religion – méritent d’être interrogés. Non pour réclamer la censure d’une comédie, mais pour rappeler qu’une société ne se grandit jamais en tournant en dérision, sans retenue ni nuance, ce qui demeure sacré pour une partie de ses membres.
Messieurs les producteurs, faites donc le même genre de film sur la communauté musulmane ou juive ! Quoi ? Je ne vous entends pas… Vous n’osez pas ? Quel courage !