Le scandale de la pureté

« La virginité m’a permis d’épanouir mon cœur aux dimensions du monde » (Sœur Emmanuelle,

Mon testament spirituel)

Il n’est plus temps de nier l’évidence : depuis la révolution sexuelle des années 70, la virginité terrorise l’Occident. Par un effet de symétrie presque parfait, il semblerait que la terreur qu’on associait naguère à la souillure prénuptiale se soit déportée sur le corps nubile « non initié ». Dorénavant, chez les jeunes gens comme chez les demoiselles, l’ignorance de « l’acte » ressemble à une tâche honteuse, qu’on cherche à cacher sous mille stratégies possibles. Les cercles de sociabilité resserrée ne laissaient, jusqu’à très récemment, fort peu d’excuses aux étudiants retardataires ; les atmosphères de régiment se propageaient gaillardement dans les écoles et sur les bancs des collèges, jusqu’aux boudoirs les plus délicats de la gent féminine. Si aujourd’hui la situation semble plus contrastée, en raison des conquêtes de la pudeur islamique, il reste que les jeunes générations se retrouvent sous le feu nourri d’une culture pornographique agressive.

A tel point que l’univers sémantique se retrouve contaminé à son tour, et qu’il n’est presque plus possible d’évoquer un fruit ou un légume sans éveiller l’hilarité des âmes pubères. Devant cette indéniable faillite du monde adulte et les conséquences douloureuses qui s’ensuivent, que propose la presse catholique mainstream ? Bien peu à vrai dire. Tétanisés par la hantise d’être brocardés « réacs », les plumitifs concernés préfèrent éluder : on s’en tiendra au rappel des grands principes du consentement et de l’éducation du corps, sans trop insister sur le « quand ». Les jeux protéiformes de la sensualité ont pris la consistance d’une nouvelle grammaire dont il faudrait enseigner les bases aux jeunes générations, de manière « préventive ». Il n’est pas rare, désormais, d’entendre les témoignages effarés de parents d’élèves très jeunes qui, toutes fières en rentrant de l’école primaire, évoquent qu’elles ont appris de l’intervenante les mots « fellation » et « cunnilingus », pour se faire plaisir avec les garçons ou entre filles. Une telle situation aurait semblé inimaginable il y a peu. Or, déjà, les accointances d’une certaine presse libertaire avec la pédophilie, dans les années 80, avait tracé en pointillés sous nos lois la ligne de fracture tectonique actuelle. S’il fut loin d’incarner l’idéal de la morale catholique, reconnaissons que François Mitterrand avait eu une parole prophétique en pleines années yéyé. En effet, le 15 octobre 1975, voici ce qu’il notait dans son journal : 

« Je ne reproche pas à la pornographie la vérité de ses images mais le mensonge de ses mythes » (L’abeille et l’architecte). 

Reconnaissons la justesse du trait : le prétexte fallacieux de la transparence pornographique, qui préluderait celui de la démocratie, n’est en réalité qu’un miroir aux alouettes. Ce que cache l’exposition complaisante de corps nus qui s’épuisent en gros plan, c’est la profanation de l’ordre de l’amour. C’est surtout la diffusions de mythes néfastes, qui font croire à des masses entières qu’ils pourront atteindre le bonheur par la quête effrénée du plaisir sensuel, avec ou sans amour, avec ou sans projet, avec ou sans respect. Ce mythe de la pornographie, c’était déjà celui du transhumanisme, de l’homme augmenté, infatigable, qui s’adonnerait comme une bête aux ravissements de l’extase. Dans la foulée, l’émergence des nouvelles technologies a fait le reste, et la dissolution compréhensible d’une certaine France-de-papa a laissé table rase. Un vaste champ de ruines morales obstrue notre horizon depuis lors, et dans la bataille, sans qu’on ne s’en soit aperçus, nous avons absolument perdu toute considération pour la virginité. Il faut dire que depuis les horreurs du nazisme, toute idée de pureté était mécaniquement devenue suspecte, et que dans ces conditions, la virginité n’avait décidément plus aucune raison valable d’être défendue. Qui donc s’y serait hasardé en effet ? Les prêtres ? Conspués de toute part pour leur arriérisme sociétal ? Les politiques ? Guettés de tous bords au moindre faux pas ? Non, à vrai dire, jusqu’à très récemment, il n’y avait vraiment plus personne pour défendre la virginité. Et pourtant… Les puissantes ondes philosophiques de notre civilisation bimillénaire ne pouvaient disparaître d’un simple trait. Elles survécurent durant toutes ces années troublées, résistant aux ébullitions de toutes espèces (sciences humaines, musiques contestataires, intelligentsia post maoïste…). La virginité, associée à la pureté, à un parfum médiéval obscurantiste, à la misogynie la plus crasse, au patriarcat, allait-elle expirer ? Il faut croire que l’Occident essaya tout contre elle, usant même du viol symbolique (c’est dire !) contre le mot. On tenta tout pour l’éradiquer, et on y parvint presque. Mais c’était sans compter la ruse d’une certaine providence, avec laquelle, fait troublant, la nature fut complice… Qu’est-ce à dire ? Tout simplement que notre cerveau profond a reculé là où ses parties les plus conscientes ont opéré leur charpie. 

Nous avons en effet gardé des traces de révérence pour la virginité, à notre insu, dans des réalités extra-anthropologiques telles que la forêt vierge, ou, dans une moindre mesure, un terrain vierge. Dans ces cas précis, la virginité redevient une valeur salvifique, idéale, bien plus que positive ; l’idée adjacente étant qu’il faille à tout prix préserver cet état de virginité. La terre vierge, associée aux immenses plaines des territoires amérindiens ou au vaste continent

arctique, nécessiterait notre plus impérieuse vigilance, afin de demeurer préservée autant que possible. L’écologie elle-même, tête de pont en la matière, plaide la virginité retrouvée de notre planète. La virginité devient même aujourd’hui le combat le plus pressant de notre monde, épuisé qu’il est par le viol incessant des civilisations traditionnelles, et par ce coït forcé qu’impose le monde techno-scientifique aux immensités vertes. Ici, alors, nous comprenons sans peine que ce sont les poumons vierges de la planète qui fertilisent notre monde. A ce titre, nous ne devrions jamais oublier l’avertissement de deux grandes consciences françaises du XXe siècle : 

« A partir d’un certain moment, le pacte nuptial entre l’homme et la nature est remplacé par le viol. La nature obéit dès lors comme une esclave, mais ne se confie plus comme une amante » (Gustave Thibon, Entretiens, DDB)

« La nature est bon enfant, elle tolère qu’on s’écarte un peu des règles de survie de l’espèce, elle a même des mécanismes subtils qui assurent la tolérance de ces écarts, mais, si certaines frontières sont dépassées, elle a tous les moyens de sa vengeance » (Jean Hamburger, Les belles imprudences, 1991)

Notre révérence résiduelle pour la virginité, lorsqu’il est question de la nature, est donc un sentiment atavique, voire un réflexe de l’âme, informée depuis toujours de ce qui est véritablement saint. Dans les églises, nous retrouvons sous de multiples formes la symbolique de la pureté. Ainsi, selon saint Anselme, la cire du cierge représente la chair virginale du Christ, la mèche – qui est intérieure au cierge et le dépasse – figure son âme, et la flamme sa divinité1.Il en retourne que le vierge n’est pas consubstantiel à l’invisible, et qu’il peut « prendre forme » au milieu de notre monde pécheur. Ce miracle métaphysique passe toujours au-delà de notre conscience, et c’est dommage. Éprouvé, il nous aiderait à comprendre que l’idéal, fut-il inatteignable, est pourtant tangible de quelque manière. Le lecteur aura peut-être sursauté en lisant un peu plus haut notre formulation : « le vierge », et non « la Vierge », comme on l’entend toujours. Le vierge. Arrêtons-nous un instant sur cette configuration sémantique étrange. Ce qui est vierge peut-il être étendu au masculin ? Assurément, me répondrez-vous, en évoquant probablement le célibat des moines et des prêtres. Mais qui ose parler, entre nous soit dit, d’un vierge plutôt que d’une vierge ? Cette incongruité langagière surprend notre entendement. Comme si un homme ne pouvait s’arrêter qu’à une chasteté plus ou moins forte, tandis que la femme pourrait franchir plus naturellement le pas de la continence. Dans un ordre connexe, pourquoi, au nom de quoi, la virginité serait-elle une vertu d’hétérosexuel ? En quoi incarnerait-elle l’idéal de l’innocence chrétienne depuis les Évangiles (tiens, pourquoi Jésus donne-t-il précisément en exemple les petits enfants ?)2, si cet idéal concernait tout le monde sauf le « ghetto » homosexuel ? Nous posons ici la question car l’expérience nous a souvent montré que dans les faits, les chrétiens homosexuels sont parfois « dispensés » des recommandations faites aux croyants hétéros. 

Reprenons, si vous le voulez bien, le mot de sœur Emmanuelle que nous avons posé en exergue du chapitre : « La virginité m’a permis d’épanouir mon cœur aux dimensions du monde ». Ce qui est signifié là, ce n’est pas que la virginité équivaut à un pouvoir magique ou à un quelconque prodige surhumain, mais tout simplement qu’elle est le plus fort des antioxydants spirituels : elle allège notre chair en nous emplissant de cette innocence de l’enfant, de cette légèreté même qui signifie liberté : en nous dégageant du nœud inextricable des liens troubles tissés avec nos semblables, nous sommes soudain disponibles à l’humanité entière. Chacun en a fait l’expérience : dès qu’une histoire plus ou moins sentimentale vous « tombe dessus », vous voici comme aspiré, et toutes vos forces mobilisées vers cette personne qui hante vos songes. D’infinis tourments grèvent votre attention, et votre énergie vitale s’amenuise face au monde. C’est bien normal : vous êtes pris, captivé par l’âme qui vous fait face dans le cœur. Le problème étant que cette douce hypnose vous rend vite indisponible pour le reste de l’humanité. Vous voilà devenu guimauve. Une guimauve inquiète et excitée par-dessus le marché.

C’est pour cela que sœur Emmanuelle, malgré les fortes tentations qui ont empli sa jeunesse, a pu tenir et réaliser le parcours incroyable qu’on lui connaît auprès des chiffonniers d’Égypte et des pauvres du monde ; on peut toujours donner de son temps, de son bien et de sa sueur lorsqu’on est engagé dans les romances, mais la virginité étend cette disponibilité jusqu’aux confins du monde et de l’humanité. Le célibat du prêtre est directement lié à cette vérité ontologique. Attention cependant à ne pas considérer la virginité sous un angle antisexuel et étroitement ascétique : ce type d’approche débouche fréquemment sur des drames intimes lorsque des tempéraments exaltés s’y jettent sans préparation, ni visée spirituelle3. La liste est longue de ces anciens athlètes de la continence qui finirent épuisés dans des boudoirs… A ce sujet, Julien Green était de la dernière sévérité : l’idéal de la pureté peut lui-même être perverti par une approche idolâtrique, bassement platonicienne et anti-corporelle. Le contre-coup est ravageur. Systématiquement. 

C’est la raison pour laquelle le théologien libéral Hans Küng reconnaissait la légitimité spirituelle de la continence, tout en avertissant qu’elle doit rester l’apanage d’une élite : 

« Choisi, le célibat est un charisme dont on ne saurait faire une loi générale »4. 

Une question philosophique nous vient alors : existe-t-il des degrés de virginité ? Si tous les hommes ne peuvent naturellement se consacrer à la continence, chacun, à sa propre mesure, peut-il atteindre un niveau spirituel que l’on pourrait assimiler à un degré virginal ? En d’autres termes, peut-on supposer l’existence d’une échelle de Jacob virginale, au plan spirituel ? Ce point requiert de se risquer sur le terrain de l’exégèse vétérotestamentaire : ce que nous révèle la Bible à propos du fameux songe de Jacob, alors qu’il tente de fuir Ésaü, c’est que des Anges montent et descendent (chuteraient-ils, selon certains ?) entre la Terre et le Ciel. En écartant l’interprétation rabbinique5, nous pouvons prêter une attention particulière à l’explication du Père de l’Eglise Jean Chrysostome : selon lui, les échelons de l’échelle de Jacob figureraient différents degrés de vertu, ce qui attesterait plus ou moins notre hypothèse d’une hiérarchie virginale. Dans nos vies, nous sommes tous en progression ou en régression sur l’échelle qui relie la Terre aux Cieux, ce qui implique de rattacher l’idéal virginal à une série d’étapes progressives, et de chutes éventuelles. 

D’emblée, la « tache » du péché originel nous rappelle que nul au monde ne sera jamais pur, ni absolument vierge : on comprend l’importance vitale d’un tel enseignement afin que nul ne soit tenté de diviser l’humanité entre purs et impurs. Nous avons tous besoin de la miséricorde de Dieu. Tempérance, pardon, pudeur, chasteté du moine, célibat kantien, continence… il y a toute une gradation sur le chemin de la virginité. Pour nous autres chrétiens, il nous est simplement demandé que nos vies démontrent la réalité du miracle de la foi, comme les vitraux manifestent les récits de la Bible : par une mosaïque de couleurs différentes, de tons épars, librement assemblés, qu’elles laissent passer la lumière au travers d’elles, sans effacer leurs motifs singuliers, ceux-là mêmes qui distinguent nos vies les unes des autres, et qui en font tout le prix. Oui, c’est là toute la leçon des vitraux de nos églises : non pas privilégier le flot de la lumière extérieure sur le dessin des scènes bibliques qu’ils arborent, mais faire transparaître l’une par l’autre : la continence qui ne reflète aucune lumière est un vitrail condamné, l’équivalent d’un mur aveugle. Prêcher l’encratisme serait donc un non-sens. Le combat antisexuel va à l’encontre de l’œuvre de Dieu. La chasteté négative, qui s’énonce exclusivement sous forme d’interdiction injonctive (« tu ne dois pas », « ne fais pas »), n’est pas la chasteté véritable. Elle n’en est que la triste caricature et, plus grave, elle la décrédibilise aux yeux du sens commun. La véritable chasteté doit donc être défendue avant tout contre ses interprétations maximalistes et déformantes, afin qu’on ne la juge pas en lieu et place de ces caricatures. 

Rendu à ce point, le lecteur s’interrogera peut-être : mais comment diable s’en sortir, avec de telles subtilités ? Pour le commun des mortels, de telles distinctions entre chasteté, continence, virginité, encratisme, quel découragement ! C’est là omettre la grâce de l’équation. En vérité, tous les efforts humains accomplis en direction de la continence (atteignable) et de la virginité (approchable mais inatteignable) s’opèrent en conjonction avec l’aide céleste. Cette aide surnaturelle est toujours disponible, comme si elle flottait autour de nous : or si l’homme ne prie pas, s’il n’appelle pas à l’aide, elle ne s’active pas. Cette grâce est une réalité si mystérieuse et impalpable qu’on ne peut la reconnaître qu’en figure. Ainsi, dans la Bible, saint Augustin la repère sous l’image du lait6. Elle accompagne et complète les efforts humains vers la sainteté. Voici pourquoi son abondance dépend de nous-mêmes, bien qu’elle ne vienne pas de nous. Si l’on intègre donc la grâce à l’équation, la continence virginale devient nettement plus concevable. Les personnes homosensibles, comme on l’a vu plus haut, ne sont pas exclues des idéaux que l’Évangile présente aux chrétiens. 

Bien au contraire, elles semblent particulièrement concernées par les vertus d’élite, puisque leur charisme et leur finesse spirituelle dépassent ordinairement les capacités de leurs frères et sœurs hétérosexuels. Loin de nous l’idée de généraliser un tel constat, mais le cacher serait une erreur : il est vrai que la personne homosexuel cumule fréquemment en elle des aptitudes associées au genre masculin et d’autres au genre féminin7. De cette providence, l’Eglise nous enseigne qu’il serait dommage de ne pas se servir. La pureté virginale est toujours le chemin qu’est invité à prendre le chrétien, lorsque Jésus l’enjoint de ressembler aux petits enfants. De cette réalité, le chrétien homosexuel peut tirer un nouveau chemin de liberté, jusqu’alors inespéré : dispensé naturellement de s’unir à la femme, voici qu’il a devant lui un tout autre chemin de grâce. Mais ce chemin lui semblera généralement d’une complexité extrême, et il construira dans sa conscience des parapets protecteurs contre cette idée.

En vérité, la virginité nous semble toujours une sorte de sommet plus élevé que l’Annapurna, et donc déraisonnable à viser. Ce subtil découragement de principe nous est transmis tous les jours, à chaque instant, par le sens de la vie tel que l’humanisme ambiant nous le présente. « Point trop n’en faut ! » Dit-on si vite au moindre effort ascétique… Nous aurions tôt fait de sombrer dans l’esthétique morbide, dans l’anti-vie, si nous oubliions de jouir, de prendre notre part du gâteau… Cette attitude sceptique envers tout élan spirituel gratuit se retrouve même quelquefois dans l’Eglise : de manière adroite, on vous rappellera les invectives de Jésus contre l’observance des pharisiens, ou saint François de Sales, avertissant qu’on perd certaines vertus en les outrepassant… 

Heureusement, toutes ces préventions contre l’esprit de virginité s’envolent, dès que l’on se penche un peu sérieusement sur n’importe lequel de nos grands docteurs de la Foi. Avec eux, soudain le virginal redevient central, et la figure de Marie apparaît comme une évidence. Une évidence ? Il est vrai qu’une révérence bigote l’a parfois rendue comme intouchable, sacrée jusqu’à l’extrême incommunicable. Sainte Thérèse de Lisieux le dit si bien lorsqu’elle s’exclame au milieu d’une méditation : « On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable »8. C’est que la sainteté révérée à l’extrême finit par écraser les volontés les plus nobles. Ici encore, Thérèse nous rassure en évoquant la miséricorde de son fils Jésus : 

« Je voyais que, tout en étant Dieu, il est aussi homme, qu’il ne s’étonne point des faiblesses humaines, qu’il comprend notre misérable nature, exposée à tant de chutes à cause du péché originel qu’il est venu réparer » (Saint Thérèse d’Avila, Livre de la vie, XXXVII) 

En d’autres termes, l’exemplarité virginale de la Sainte Mère de Dieu ne saurait être perçue à la manière d’une fiction magnifique mais trop lointaine pour nous autres. C’est peut-être par l’expérience de la douleur que nous sommes secrètement reliés à Marie lorsque nous découvrons la blessure qui est en nous. Deux passages de l’Ancien Testament nous semblent appuyer cette hypothèse : 

« Les larmes coulent de mes yeux nuit et jour, Et elles ne s’arrêtent pas ; Car la vierge, fille de mon peuple, a été frappée d’un grand coup, D’une plaie très douloureuse. » (Jérémie, 14, 17) 

« Qui trouver de semblable à toi, et quelle consolation te donner, Vierge, fille de Sion ? Car ta plaie est grande comme la mer : qui pourra te guérir ? » (Lamentations, 2, 13) 

L’interprétation délicate de ces deux versets doit être laissée aux exégètes de profession. Cependant, il n’est pas interdit de nous arrêter sur les résonnances qui s’y trouvent : la Vierge souffrira. On pense immédiatement à une prédiction de la perte ultérieure de son Fils, annoncée par Siméon dans l’Évangile de Saint Luc : 

« Et à toi-même un glaive te transpercera l’âme » (Lc 2, 35)

 Mais, nous pouvons aussi supposer la mention d’une liaison entre la virginité (l’innocence) et la souffrance (le bouc-émissaire). Dans cette acception, nous serions soudain face à une symétrie nouvelle entre la Mère et le Fils, exposés à un destin comparable. Le caractère virginal et pur, tout en étant source de salut pour autrui, serait aussi générateur de souffrance. C’est peut-être cette souffrance à surmonter qui scande chaque étape du combat vers la virginité.

1 Cité dans dom Guéranger, Année liturgique, t.III, 1880

2 Mt 18, 3 : « si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux »

3 On rappellera la mésaventure du père de l’Eglise Origène, qui poussa sa quête virginale jusqu’à la castration physique !

4 Hans Küng, Mémoires, II, p.56

5 Les échelons symboliseraient les années des différents exils à venir du peuple d’Israël.

6 « Désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez pour le salut » (1 Pierre, 2, 2)

7 Pour en savoir plus sur ce sujet complexe, le lecteur pourra se référer à mon premier ouvrage « L’homosexualité au risque de la foi »

8 Pourquoi je t’aime ô Marie, Archives

Publié par gaetanpoisson

Ancien séminariste, conférencier. Théologie catholique / Question de l'homosexualité au-delà de la rhétorique LGBTQI+

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