
« Va vers la fourmi, paresseux ; considère ses voies et deviens sage » (Proverbes, 6, 6)
Rendus à ce stade avancé de notre étude, abordons à présent une question délicate qui n’a jamais, il faut le reconnaître, été parfaitement tranchée dans l’Eglise. Est-il doctrinalement envisageable que deux hommes ou deux femmes puissent s’unir sous le signe d’une amitié spirituelle privilégiée, où l’affection d’amour aurait ses droits en excluant la relation sexuelle ? La question est délicate pour plusieurs raisons. Avant tout parce que le contexte législatif actuel, en France comme en de nombreux pays occidentaux, autorise désormais le mariage homosexuel contre l’avis des Églises : le sujet est donc abrasif, et porteur d’une charge émotive qui ne rend pas aisé l’exercice froid de la raison. Surtout, il semble difficile de définir les contours d’une amitié spirituelle chargée d’affection préférentielle entre hommes ou femmes qui ne soit pas, peu ou prou, l’amorce d’une relation homosexuelle active. Voici pourquoi l’Eglise a longtemps paru hésiter devant la chose : tolérer de telles unions apparemment chastes et continentes ne reviendrait-il pas à créer, de fait, un piédestal vers l’horizon sybarite ? D’un autre côté, l’interdiction intransigeante de l’homosexualité jusqu’à toute trace d’homosensibilité ne relève-t-elle pas d’une gageure dangereuse, précisément contre-nature ? Il semble qu’au cours des siècles passés, nos 37 docteurs de l’Eglise aient un peu séché à ce. propos. La prolifique argumentation scolastique n’a pas elle-même tranché définitivement au Moyen Âge. Pour tenter de saisir toute l’étendue du problème, remontons la chronologie aussi loin que possible.
Trois siècles avant l’ère chrétienne, dans son éthique à Nicomaque, le philosophe Aristote définissait trois sortes d’amitiés possibles : les amitiés selon la vertu, les amitiés selon l’utilité, enfin celles selon le plaisir. Ces trois types d’amitiés se divisant chacune en deux sous-genres, selon qu’elle se fondent sur l’égalité ou la supériorité. Premier constat : il existe une multiplicité de catégories d’affections réciproques, ce qui induit que ces dernières divergent quant à leur valeur. Mais comment, dès lors, mesurer la valeur d’une affection que se porteraient deux individus ? Faut-il considérer l’intensité du sentiment ? Son désintéressement ? Sa durabilité ? Au diable l’anachronisme, gageons qu’Aristote nous parlait déjà d’obsolescence programmée lorsqu’il montrait que seule l’amitié selon la vertu était vraiment durable. Les amis selon la vertu sont des « amis moraux » : leur affection est stable et résiste aux aléas des humeurs, des accidents inévitables de la vie. Cette sorte d’amitié me semble idéale, sinon idéaliste : un tel degré de pureté permettrait-il la possibilité de gestes affectifs, d’une part de douceur qui, sans aller jusqu’à la sensualité, signerait par les corps la fusion de deux âmes ? Laissons la question en suspens, du moins pour le moment. Aristote nous prévient que l’amitié fondée sur l’utilité et l’amitié fondée sur le plaisir (ou l’agrément, l’attrait sensible) sont fragiles par essence : elles sont transitoires, intéressées. Le chrétien est donc fondé à les considérer comme insuffisantes s’il s’agit d’édifier un lien solennel à partir d’elles. Remarquons qu’il n’entre ici aucune doctrine, mais simplement la déduction d’un raisonnement logique : seule une amitié « parfaite », fondée sur la vertu, pourrait éventuellement constituer la base d’un lien solennel préférentiel entre deux hommes ou deux femmes.
Mais dès lors, comment considérer un lien d’affection au sein duquel ne passerait que des sentiments incorruptibles en titane ? Une amitié selon la vertu peut-elle demeurer aussi froide que le bronze ? Quel feu légitime pourrait couler en elle sans gondoler ses contours ? Jésus lui-même, s’il était parfait, n’avait pas le cœur équanime d’un monstre froid : Jean était le disciple qu’il « aimait », nous rappelle l’Évangile. Autrement dit, le Seigneur, dans son amour universel infini, avait ses petites préférences affectives pour tel ou tel. Contradiction ? Non, si l’on considère que l’amour véritable est aussi vaste que la maison du Père : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père » (Jn, 14, 2)
Mais alors, nous dira-t-on, pourquoi solenniser entre deux êtres un lien d’affection préférentiel qui ne serait pas le tout réel de leur possibilité d’amour ? C’est ici que nous devons reconnaître l’incommensurable supériorité de l’amour divin sur nos sentiments imparfaits de créatures. Cette imperfection de fait est originelle, donc ne résulte pas de notre faute active. Dans cette mesure, nous n’en sommes que partiellement responsables, et puisque Dieu nous révèle qu’il sera demandé à chacun selon ses capacités, nous pouvons espérer les secours qu’offre le monde à certaines de nos faiblesses, mais surtout à nos soifs. Le vin de Cana était certes infiniment plus qu’un alcool de comptoir, il n’empêche que c’était du vin… Aussi les invités n’ont probablement pas hésité bien longtemps avant de s’en servir à grande rasades et de s’en emplir le gosier. En d’autres termes, l’agrément un peu vulgaire de nos plaisirs sublunaires n’est pas absolument contradictoire avec les exigences divines. Il reste que la ligne de partage est assez fine, et qu’on aurait tort de la manquer sous prétexte de dyslexie morale.
Ce qu’Aristote nous révèle de plus fondamental, c’est que l’amitié véritable est celle qui nous rend meilleurs.
« Un bon ami est un ami qui nous élève »
Voici la clé, la boussole qui nous manquait : pour juger de la qualité d’une amitié, au-delà du fondement de la vertu, nous devons considérer si cette amitié débouche sur la bonification morale, l’élévation humaine et la sanctification. Les formes et le langage affectif par lesquels cette élévation serait atteinte doivent rester, dans une certaine mesure, à la discrétion des véritables amis. C’est à cette conclusion transitoire que nous serions tentés de nous ranger. Mais n’allons-nous pas ici un peu trop vite en besogne ? Continuons donc notre investigation.
Comme l’a montré l’historien Jacques Le Goff à l’aide d’une formule exagérée, il existait une véritable « gay society » aux premiers temps du Moyen Age : non pas que l’homosexualité active était alors ouvertement autorisée, mais que les actes de tendresse y conduisant s’y rencontraient souvent, sans qu’il soit jugé nécessaire de tirer la hache pour y mettre bon ordre. L’homosexualité active était simplement plus ou moins tolérée, y compris dans certains monastères peu ou mal tenus. Rappelons que l’un des canons d’un concile du haut Moyen-Âge exige encore que les moines ne couchent pas à plusieurs dans un lit… Aux temps mérovingiens, la polygamie est encore pratiquée dans certaines campagnes, et les mariages entre parents proches sont très courants. On remarque ici comme la trace d’un gigantesque « foutoir » normatif, où les usages gaillards des vieux peuples germaniques coexistent avec les coutumes romaines et les rigueurs montantes du christianisme oriental. Dans ce contexte magmatique, il est certain que la frontière était devenue bien théorique entre les belles amitiés antiques fondées sur l’exaltation des cœurs… et la débauche sensuelle entre jouvenceaux. Au XIIIe siècle, saint Thomas d’Aquin s’empara de ces questions éthiques délicates, en réactualisant à sa manière Aristote. Dans la Somme théologique et la Somme contre les Gentils, l’illustre moine dominicain cumule les distinctions subtiles touchant à ce qui est naturel ou non dans les élans affectifs. On y apprend notamment que le plaisir sensuel est un bien naturel, dans la mesure où il est ordonné dans le cadre du mariage entre un homme et une femme consentants. Or, si le plaisir sensuel est un bien, certains commentateurs de Thomas en tireront bientôt argument pour légitimer plus généralement le coït en tant que tel92 : dans cette mesure, les amitiés spirituelles entre hommes pourraient se déployer jusqu’aux enlacements les plus intimes. Cette interprétation, bien entendu, excède la pensée originale de l’Aquinate, qui aurait sans doute pris feu à entendre une telle utilisation de ses textes. Mais dès lors, où poser la limite quant au langage gestuel de l’affection ? Dans les sociétés du Moyen-Orient, il n’est pas rare de voir les jeunes hommes déambuler dans les souks et sur les trottoirs main dans la main, sans qu’il soit question d’homosexualité. Le regard occidental, classificateur jusqu’à la compulsion, ne parvient pas à digérer intellectuellement de telles réalités : selon lui, ces mains viriles qui s’enlacent doivent cacher de capiteux secrets… Ici réside peut-être l’un des effets les plus contestables de l’esprit cartésien, si prompt à juger sur pièce. Mais la réalité est différente. Le langage affectif ne saurait être confondu avec celui de l’érotisme ou de la compulsion sexuelle.
L’homme est ainsi fait qu’il est un être de mélange : il convient de respecter l’amplitude que prennent certains épanchements, pour peu qu’ils soient sincères. Il semble qu’il n’y ait pas de réponse claire et définitive, de critériologie ultime pour classifier les élans affectifs sous étiquette légitime ou tendancielle… Outre certains gestes clairement provocateurs, il faut reconnaître que nombre d’entre eux ne peuvent être soumis à une police de la pensée, sous peine d’arbitraire. Sans cela, il nous faudrait fatalement suspecter la noble amitié que partageaient David et Jonathan dans l’Ancien Testament :
« Et dès lors l’âme de Jonathan fut attachée à l’âme de David, et Jonathan l’aima comme son
âme » (1 Samuel, 18, 1)
« Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme son âme. Il ôta le manteau qu’il
portait, pour le donner à David ; et il lui donna ses vêtements, même son épée, son arc et sa
ceinture » (1 Samuel, 18, 3-4)
Une exégèse rapide pourrait conclure qu’au travers du don de ses vêtements jusqu’à sa ceinture à son ami, en passant par ses armes, Jonathan se livre comme nu à lui. On sait quel parti prirent de ces versets délicats nombre de commentateurs pour justifier l’homosexualité active… Mais la poésie d’un vers a disparu lorsqu’on l’interprète de façon systématique et maximaliste.
Nous devons donc, je crois, accorder crédit au langage affectif lorsqu’il célèbre l’amitié spirituelle entre deux hommes ou deux femmes particulièrement épris. Mais j’ajouterais immédiatement que ce sont les suites charnelles bien précises qui rompent la poésie d’un tel langage affectif, lorsqu’elles adviennent. C’est à ce moment-là qu’elles en trahissent l’esprit, et que l’Eglise dit non. Voici pourquoi, informé par les choses de la vie, Saint François de Sales conseillait à ses lecteurs très chrétiens de fuir comme de petits enfants les premières tentations minuscules : c’est en demeurant exposés à l’ambiguïté croissante que l’on finit par franchir la ligne. L’amitié spirituelle entre deux hommes qui se seraient choisis, ne le nions pas, les expose tôt ou tard à des aiguillons d’un autre ordre. Voici pourquoi il est aussi légitime de considérer que de tels rapprochements doivent être considérés avec grande inquiétude. Des âmes d’élite, sans doute, ayant atteint un certain degré de maturité, pourraient se rapprocher de la sorte sans faillir. Les autres, la majorité, n’y parviendraient point et finiraient par aller plus loin, au-delà de l’équilibre. Voici pourquoi le grand Aelred de Rievaulx nous avertissait, depuis le XIIe siècle :
« Il faut se garder d’aimer trop vite, surtout des gens qui n’en seraient pas dignes. Or ceux-là
sont dignes d’amitié en qui se trouve une raison d’être aimé »93
De même, on sait combien Thérèse d’Avila prévient contre les amitiés de mauvaise compagnie, disant que c’est par là, dès la jeunesse, que passe la formation aux destructions de soi et des autres. On vous « inculque des façons », on vous déforme sans vous casser, à la manière d’un pouce indélicat qui s’enfoncerait dans la cire de votre âme.
L’amitié particulière entre deux personnes de même sexe nécessite donc, au-delà de l’emprise des cœurs, un véritable choix lucide en amont, quasi rationaliste : bien choisir mon ami intime, à la condition qu’il ait la vertu nécessaire à mon propre épanouissement dans le sien. Est-ce là poser une quadrature du cercle ? Comment s’éprendre à la fois naturellement tout en jugeant cérébralement celui qui conviendrait à mon désir d’épanouissement chrétien, hors de toute tentation érotique ? Sur le papier, effectivement, les choses semblent bien peu faciles. Or, dans le contexte fluide de la vie, il en va tout de même autrement : car l’homme passe l’homme, et qu’il est capable pour lui-même de prodigieuses décisions, avec l’aide de la grâce divine. Aussi, nous sommes en état de rompre ce qui doit l’être lorsque certaines limites auraient été franchies par l’ami. De fait, Aelreld nous conseille de rompre l’amitié progressivement avec celui qui renouerait avec le vice. Il s’agit alors de dissoudre graduellement le lien, sans aller jusqu’à l’inimitié. Mais attention : s’il faut parfois retirer son amitié, on ne peut priver l’ancien ami de son amour. Voici qui est de nouveau délicat. Mais le moine nous rassure aussitôt :
« Une amitié qui vient à cesser n’a jamais été véritable »
« Un ami, c’est comme un gardien de l’amour, un gardien de l’âme elle-même »
Au fond, le secret est le suivant :
« Nous n’appelons amis que ceux à qui nous ne craignons pas de confier notre cœur et ce qui s’y trouve, et qui, à leur tour, sont liés envers nous par la même fidélité et la même assurance »94
Effectivement, puisque le trouble érotique empêche précisément cette confiance sereine de livrer les tourments du cœur, nous pouvons l’identifier pour nous en protéger. D’ailleurs, Aelred ajoute que la véritable amitié est « d’autant plus remplie de charme qu’elle est plus chaste ». Comme Aristote, notre moine postule qu’il existe trois types d’amitié :
-l’amitié charnelle,
-l’amitié mondaine,
-l’amitié spirituelle.
« L’amitié charnelle se fonde sur un accord dans le vice, l’amitié mondaine s’allume avec un espoir de profit, l’amitié spirituelle se cimente par la similitude de vie, de mœurs et de goûts entre gens de bien »95
La nature a d’abord imprimé dans l’âme humaine un attrait pour l’amitié ; l’expérience l’a ensuite développé, et enfin l’autorité de la loi l’a réglé.
Quelques siècles plus tard, Saint François de Sales consentait lui-même à l’idée d’une amitié spirituelle renforcée entre deux personnes qui se choisiraient au-delà de la simple camaraderie :
« Et comme ceux qui cheminent en la plaine n’ont pas besoin de se prêter la main, mais ceux qui sont ès chemins scabreux et glissants s’entretiennent l’un l’autre pour cheminer sûrement »96
On note ici que le critère d’élection, de choix préférentiel, repose non pas sur un attrait spontané, mais bien plutôt sur un scrupule de prudence : l’amitié spirituelle préférentielle entre deux personnes de même sexe pourrait-elle être légitimée par cet argument de la prudence ? L’option est à creuser. Sans cette union, la porte serait ouverte à tous les dépassements… Mais ne surinterprétons pas le saint qui nous parle. Ce choix d’amitié spirituelle induit une affinité sélective, une « partialité », mais une « partialité sainte », de cette espèce « qui ne fait aucune division sinon celle du bien et du mal ». Il précise que toutes les autres amitiés ne sont que des ombres devant celle-là. Ainsi, plaide-t-il, Pierre chérissait particulièrement Saint Marc et Sainte Pétronille, tout comme Saint Paul couvait Timothée et sainte Thècle. Dans cet ordre, nous pouvons aussi nous référer à l’amitié de certains Pères de l’Eglise, comme Grégoire de Nazianze avec Saint Basile :
« Il semblait qu’en l’un et l’autre de nous, il n’y eût qu’une seule âme portant deux corps »
(Grégoire de Nazianze).
Malgré ces beaux exemples, n’oublions pas que le Docteur de l’Amour considérait que nos péchés sont plus nombreux que les cheveux de notre tête, et que dès lors, les occasions de nous dérouter sont innombrables. Qu’en conclure ? Tout simplement qu’il serait illusoire d’utiliser cette belle notion d’amitié spirituelle particulière pour couvrir des affections plus directes. Les Docteurs de l’Eglise n’étaient pas nés de la dernière pluie, ils savaient fort bien ce que l’on peut faire à partir de quelques lignes bien innocentes…
Que conclure de cet amas de jurisprudence morale ? Avant tout qu’aucune solution simple ne se dégage. Les personnes homosensibles, si elles ont droit au bonheur comme chacun, et à la même mesure, sont guettées par certains risques redoublés lorsqu’elles entrent dans le jeu des sentiments et des affects. La construction d’une amitié particulière, privilégiée avec un être de même sexe serait même souhaitable, à la condition d’une émulation constante sur les chemins de la vertu. Nous parlons là d’un schéma avant tout praticable pour des âmes d’élite, ne le cachons pas. Mais Jésus ne nous appelle-t-il pas tous à être parfaits ?
Il serait faux de dire qu’historiquement l’Eglise n’a cessé de traiter l’homosexualité sous l’angle de la répulsion et du péché. Au Moyen Âge, il existait même un ordo ad fratres faciendum, reconnu par l’Eglise, et dérivé d’un rite grec plus ancien, l’adelphopoeisis. De quoi est-il ici question ? Tout simplement d’un rite officiel, reconnu par l’institution catholique jusqu’au 14esiècle, et bien plus tard encore dans l’Eglise orthodoxe. Il s’agissait d’un rituel qui unissait spirituellement deux êtres de même sexe. Ainsi des saints tels que Côme et Damien, Serge et Bacchuse, et des saintes telles que Rufina et Ségolène, s’unirent spirituellement selon ce schéma qui autorisait une affectivité préférentielle, mais étroitement cadrée. Ainsi, la liturgie particulière attachée à ce type d’union posait un échange symbolique des clés entre les deux amis. La célébration avait lieu à l’église, et le prêtre procédait à des formules de bénédiction.
L’une de ces formules précisait :
« Purifie de leurs cœurs toute tache et impureté et permets-leur de s’aimer l’un l’autre sans haine et sans scandale tous les jours de leur vie, avec l’aide de la Mère de Dieu et de tous tes saints »97
Comment donc caractériser l’adelphopoeisis en évitant les fantasmes suggérant un pré-mariage homosexuel ? L’adelphopoeisis était une union affective, spirituelle très profonde, qui pouvait souvent effleurer l’amitié érotique, et des dérapages ont eu lieu dans l’histoire98. A dire vrai, nous manquons aujourd’hui de documentation suffisante pour cerner complètement ce vieux rituel oublié. Il gardera nécessairement une part de secret, et certaines de ses dispositions sont à jamais perdues. Peut-être sommes-nous suffisamment matures pour y remédier aujourd’hui ?
Le frère Paul-Adrien lui-même, au terme de son étude, déclare sans fard :
« Il existe une profondeur de sentiments, une connexion émotionnelle qui peut unir des personnes de même sexe et qui peut dépasser à bien des égards la profondeur de la relation conjugale sans pour autant être basée sur des relations sexuelles »99
La chasteté, remarque-t-il surtout, c’est aussi « agrandir son panel d’expressions affectives ». Nous le pensons aussi. Le rite de l’adelphopoeisis est légitime car il se fonde sur le livre de Samuel, et plus précisément sur le lien qui unit David et Jonathan. Il est dommage que des opinions militantes aient confisqué ces deux personnages. Enfin, gardons toujours en tête que l’Eglise ne condamne pas la personne homosexuelle à la solitude affective.
92 La dernière polémique en date oppose à un collectif d’intellectuels le père dominicain Adriano Oliva, prétendant via quelques citations de Thomas interprétées, que celui-ci justifiait l’amour homosexuel, et donc que l’Eglise devrait dès lors reconnaître les couples homosexuels.
93 Aelreld de Rievaulx, L’Amitié véritable
94 Aelred, pp.24-25
95 Aelred, L’amitié véritable, Artège, p.26
96 Introduction à la vie dévote, XIX
97 Merci au frère Paul-Adrien pour sa recherche érudite sur ce sujet délicat
98 Dans une vidéo passionnante dédiée au sujet, le frère Youtubeur Paul-Adrien affirme que s’il fallait dresser un bilan, cette pratique a plutôt permis de juguler les excès des pratiques homosexuelles, plutôt que de les encourager
99 YouTube, Homosexuel et chrétien, que dit vraiment la Bible ?