L’inclusion chrétienne va-t-elle jusqu’au trouple ?

Dernièrement, un ami m’a envoyé une vidéo pour le moins saugrenue : il s’agissait d’un témoignage guilleret, celui d’un “trouple” homosexuel, autrement dit d’un ménage de trois jeunes hommes. Au-delà d’un réflexe de sidération banal, je me suis surpris à n’éprouver qu’une grande tristesse. L’avantage de l’âge qui avance, c’est de pouvoir humer le prévisible assez vite. Et, vous l’aurez compris, ça n’a pas loupé… Tous les trucs, toutes les ficelles idéologiques éculées planaient autour de ce clip existentiel à signalétique écarlate. Encore un ovni télévisuel aux allures de réclame pour célébrer les noces du « shocking » et de l’inclusivisme universel. Encore un… Pourquoi serions-nous contraints d’acquiescer par principe à de telles comédies scéniques tournées sur le mode grandiloquent. Certes, j’aime le théâtre, mais l’esbroufe a ses limites : le témoignage, c’est du sérieux, du dramatique, en tout cas bien autre chose que de l’exhibitionnisme solliciteur… C’est rendre compte sur sa vie de la vérité rencontrée : ici, on était plutôt dans le registre du confessionnal de télé-réalité. Bref, loin des catacombes…  

Ces trois jeunes qui s’exprimaient étaient d’une incroyable candeur : ils sont encore tout neufs, expérimentent un truc bestial abandonné depuis des millénaires dans les sociétés (le sexe en meute par alternance et la sociabilité qui s’ensuit… à ce niveau ils pensent être dans une chose nouvelle alors qu’au contraire c’est extrêmement préhistorique et dépassé) ; leur vitalité primesautière donnait le change, donnait l’impression qu’une telle configuration « amoureuse » était possible. Mais derrière le joli storytelling, il n’était pas difficile d’imaginer tout ce que le visuel nous cachait… Combien de temps ces trois jeunes gens allaient pouvoir « tenir » ce rôle auprès de leur entourage ? Il y avait une sorte d’utopie rétrograde là-dedans. Quelque chose de très infantile : le refus d’être amené à choisir. Ces jeunes ont beaucoup de choses bonnes en eux, mais la société est incapable de leur faire comprendre en quoi leur aventure va les fracasser avec le temps. Aussi, ces jeunes utilisent le verbe “déconstruire” et la sentence : « plus y en aura et plus ça deviendra normal ». De déconstruire à détester, il n’y a qu’un pas, et ce terme est sinistrement performatif : il signifie littéralement l’inverse de construire, d’édifier, de bâtir. Car en effet, quelle différence entre le déconstructeur et le destructeur ? C’est si évident que personne n’y trouve à redire. Non, décidément, ce « témoignage » ne passait pas. Pourquoi nous forcer à gober une telle pantalonnade ? Pourquoi faire reposer le verbe sur le mensonge, et laisser ainsi penser qu’on est « différent », atypique, alors qu’on se roule dans la plus navrante des facilités : dilemme en amour ? Ne choisissez pas, prenez les deux ! 

On pourra m’objecter que j’en fais un peu trop pour de l’insignifiant. Je ne crois pas : de telles mises en scène sentimentales esquintent notre vision collective de l’amour. Elles nous contraignent à acquiescer envers des incongruités sévères, et face à cela, notre sens critique est comme intimidé : « Ah ! que pensera-t-on de moi si j’y trouve à redire ? Après tout, s’ils ne font de mal à personne… ». Ainsi s’exprime le langage de la démission, celui que nous observons tous les jours. Les adultes font ce qu’ils veulent de leur c.., certes, mais ils n’ont pas le droit de contraindre l’esprit d’autrui à considérer « normal » ce qui relève au contraire de l’exception anti-norme. Inclure dans la norme ce qui lui tourne précisément le dos, c’est précisément saccager la norme, abîmer le pacte amoureux entre deux êtres qui se sont trouvés. Un trouple n’est pas un couple, c’est une configuration qui a tout à voir avec la polygamie, pourtant interdite à bon droit au vu de ses conséquences délétères sur les personnes. Non, décidément, l’amour n’est pas un jeu, et la caritas mérite mieux qu’une trinité du sexe. Inverser les normes en prétendant ne rien enlever à autrui, au cadre des normes, c’est un mensonge. 

Les expériences pullulent donc, comme celle du “trouple”. On en verra d’autres… Il existe dans l’être le désir de vivre en communauté, d’essayer de nouvelles expériences plus ou moins fusionnelles, de réaliser des utopies sur le terrain de son propre corps… Mais la combustion amoureuse est un exercice difficile, peu accessible aux petits arrangements confortables. Voici l’ombre du mot tant honni qui se profile : le wokisme, encore et toujours depuis ces derniers temps. La passion de renverser l’anthropologie pour édifier une mécanique de l’homme. A cela, je dirai toujours non. Précisément pour que la liberté demeure. La liberté du sens. On connaît suffisamment l’histoire du cheval de Troie pour ne pas s’inquiéter d’un tel procédé dans l’enceinte symbolique de l’amour. Ce qu’on y fait entrer, c’est ce qui doit poser question. L’idole, c’est précisément ça : le mimétisme frauduleux sur le modèle de ce qui est, son remplacement subreptice, et l’ordre imposé de juger la copie conforme à l’original. Non, le trouple ne sera jamais un couple comme les autres. Il s’agit d’une réalité sociologique aussi bancale que sa sonorité. 

Ne vous laissez pas avoir. J’en finirai en évoquant mon dernier livre paru dans le commerce, La racine d’Habaquq. Que nous apprend ce petit prophète de l’Ancien Testament ? Avant tout que le juste vivra par la fidélité. Or, comment être fidèle hors d’une exclusive amoureuse ? Comment prétendre aimer, au sens plein, si TU n’es pas mon UNIQUE au fond de mon cœur ? Comment prétendre à la fidélité sans des actes conformes, c’est-à-dire proportionnés à l’aimé, au singulier ? 

 « Le juste vivra par sa fidélité = foi + œuvre ». Voici une bien belle équation mathématique !

Référence : Gaëtan Poisson, Pierre-André Bizien, La racine d’Habaquq, éd. Docteur angélique, 2022. 

Publié par gaetanpoisson

Ancien séminariste, conférencier. Théologie catholique / Question de l'homosexualité au-delà de la rhétorique LGBTQI+

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