Pas encore mon heure !

Depuis plus de 5 semaines, je vis dans un monde parallèle entre des couloirs aseptisés et des salles d’examen bourrées de technologie : l’hôpital, cet étrange sanctuaire, est devenu ma deuxième maison. Remontons à cette fin 2024, qui s’annonçait sous les meilleurs auspices… Après une opération qui s’est bien passée, je me suis graduellement retrouvé dans un état second qui m’a enfoui à mille lieues sous ma conscience ordinaire. Ma santé avait décliné à pic, je m’enfonçais sans bien comprendre dans les méandres d’un état semi-comateux. Point de lumière en vue au bout d’un tunnel, comme en font l’expérience ceux qui ont vécu une EMI ; point de mélodie romantique en bande sonore. Juste d’atroces douleurs qui vous crispent le corps et vous hébètent l’esprit, et cette semi-conscience apaisée de l’Être de Lumière qui attend quelque-part au bout de la vallée des souffrances.  

Le peu que je puisse dire, c’est que l’infection foudroyante qui a suivi mon opération m’a fait l’effet d’une torture inhumaine, me conduisant à la septicémie. Tout mon corps me semblait se putréfier à mesure que j’émergeais à la conscience de mes sens. Une sensation d’implosions multiples et souterraines, une mutinerie intérieure sans recours. Très vite, il a fallu me renvoyer au bloc, j’ai été opéré de nouveau avec lavage, curetage et mille termes en -age qui vous clouent comme un damné sur un lit de carnage. 

Pas de chance pour moi cette année : le doux temps de l’Avent m’a échappé, tout comme les fêtes de Noël et de fin d’année. Je les retrouverai, si Dieu veut, en fin de cette nouvelle année, avec d’autant plus d’appétit. Puisque tant de gens souffrent dans le secret, toute l’année, je serais mal avisé de m’apitoyer sur mon sort. Simplement, je suis heureux d’avoir pu me relever de ces malheurs, et au milieu de la tempête, j’avais le secours de certains mots spirituels qui, en contexte précis, prennent la consistance de véritables miracles. Je pense notamment à cette petite phrase de Simone Weil à laquelle j’ai pu m’accrocher :

« L’extrême grandeur du christianisme vient de ce qu’il ne cherche pas un remède surnaturel contre la souffrance, mais un usage surnaturel de la souffrance »

Cet usage de ce qui m’est advenu, je le perçois, relève d’une énergie mystérieuse, d’une volonté nouvelle. Je crois qu’il serait impie de la laisser décliner, et je ferai tout, cette année, pour en tirer quelque chose. 

Je viens enfin de rentrer chez moi, retrouvant les miens. 

Maintenant, je dois prendre pendant trois mois un tas de médicaments de type classe III pour me débarrasser de l’infection … Il me faut être patient, accepter la diminution et être suivi de très près par les blouses blanches. J’en profite pour remercier tout le personnel médical de l’hôpital La Croix Saint Simon qui a été et est extraordinaire. 

Je peux vous le dire, ça fait du bien de se sentir vivant, de pouvoir à nouveau recommencer à marcher et de se dire que dans quelques mois tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir, un petit chapitre du livre de ma vie. 

Nous sommes donc bien en 2025, je vous souhaite une très bonne et sainte année.

Puissions-nous, en cette année, mettre Jésus au centre de nos vies, de chacun de nos projets, chacune de nos décisions, pour que sa volonté s’accomplisse en nous, pour notre joie et celle de ceux qui nous entourent !

Fraternellement.

Gaëtan

Publié par gaetanpoisson

Ancien séminariste, conférencier. Théologie catholique / Question de l'homosexualité au-delà de la rhétorique LGBTQI+

Laisser un commentaire