Cérémonie des JO : lorsque fange et panache se percutent

Le père Didon se serait-il mal fait comprendre ? La devise que le saint homme forgea jadis pour la résurrection des Jeux Olympiques – plus vite plus haut plus fort – embrassait tout de l’homme en sa grandeur, et remisait les vieux vertiges polémiques au sanctuaire des idéologies. 

Comment pouvait-on, en cette soirée tant attendue d’ouverture des festivités de Paris, réussir la plus périlleuse entreprise qui soit et manquer le plus élémentaire alinéa du cahier des charges protocolaire ? 

Je n’ai toujours pas réponse à ce mystère. Comment le talent remarquable du jeune directeur artistique Thomas Jolly a-t-il pu s’entremêler d’une telle vase polémique anticléricale lorsque plus rien n’était à ajouter pour conquérir les coeurs du monde entier ? Jamais fond et forme n’ont semblé si éloignés qu’en cet instant où Paris brilla sous les lueurs cathodiques universelles : quelle splendeur que ces lumières et ces jeux d’artifices en cascade, ces visuels à couper le souffle qui n’en finissaient plus de nous ébahir… et pourtant… Ils n’ont pas pu s’empêcher. 

Tout semblait si parfait qu’ils succombèrent à l’idée de tout avilir en trois flashs. Passons les prestations inégales de stars empailletées sous l’azur liquéfié ; passons l’interminable procession statique des athlètes figés sur nos monstres flottants ; la Seine, toute souillée qu’elle fut, avait des reflets d’eau bénite à l’heure du grand culte liquide ; oublions cette course suggestive d’un trouple androgyne sur les pavés mutins du vieux Paris… François Truffaut ne se discute pas. Nous avions, après tout, d’immenses tableaux visuels à digérer, à déguster sans difficulté quelconque. Car oui, c’était beau, brillant, scintillant, mais d’une beauté écarlate qui sentait déjà autre chose que le sport. Première alerte : cette effigie obscène de Marie-Antoinette, tête arrachée entre les bras, criant à la cantonade le « ça ira ». Les familles de Samuel Paty et de monsieur Dominique Bernard ont certainement apprécié cette délicate attention nationale… Repeindre la Terreur au goût du jour et sous les projecteurs, il fallait y songer… Et puis, bien entendu, il y eut pire. Cette Cène christique parodiée, volontairement singée par l’entremise de personnes trans à barbe et autres exclus furieusement sexualisés (jusqu’à un enfant !). Une jeune femme atteinte d’obésité prenait fièrement la place du Seigneur des mondes en formant de ses petits doigts le coeur banal des adieux sympathiques. 

Cette parodie, doublée par l’improbable prestation d’un schtroumpf nudiste et dionysiaque (Philippe Katerine), crachait au christianisme un gentil fiel multicolore. Que nenni, s’écrièrent spontanément les tartuffes, lorsque le CIO, gêné supprima partiellement le Replay en raison des protestations mondiales, par-delà les 2,5 milliards de chrétiens que compte notre planète : première religion persécutée au monde, premiers bouc-émissaires au moindre trouble diplomatique. Qu’importe donc, il la fallait cette farce christique, immédiatement non assumée d’ailleurs, lorsqu’on sentit qu’on y était peut-être allés un peu trop fort. Le joker n’a pas tardé : en fait, nous nous serions tous trompés, l’Eglise en tête (dixit Le Monde), en évoquant une parodie du célébrissime tableau de La Cène peint par Leonard de Vinci… car il se serait agi en réalité d’une référence au Festin des dieux de l’Olympe, façonné par Jan van Bijlert. CQFD… La parade aurait été plus crédible si ce tableau n’était pas lui-même une parodie de la Cène originelle : d’où le caractère profondément mensonger de l’argument invoqué pour cacher la référence réelle, désormais non assumée. C’est ce mensonge suivi d’accusations défensives contre l’Eglise qui est après tout le plus odieux, le plus vil : il prouve d’ailleurs précisément le parti-pris anticatholique des auteurs (quoi qu’ils en objectent), et donc la motivation initiale de leur mise en scène… Notons que d’anciens clichés de monsieur Jolly s’exposant lascivement sur une Croix ont refait surface, révélant de nouveau la compulsion parodique anticatholique. L’art subversif est naturellement légitime, pour peu que l’on soit honnête et que l’on assume sans mentir ce que l’on a fait. Le jeu sur les couleurs n’était sans doute pas anodin, bien qu’il faille se garder des excès de susceptibilité identitaire : le rouge est la couleur du martyr, et non celle de la bienséance princière. Les cardinaux sont appelés à être en première ligne face aux persécutions qui, rappelons-le, sont aujourd’hui reconnues plus importantes contre les chrétiens qu’aux temps antiques. Cette parodie était donc détestable, en droite ligne d’ailleurs avec la représentation de Marie-Antoinette portant sa tête coupée entre les mains à la Conciergerie, précisément l’endroit où elle fut emprisonnée… Ces éléments profondément malsains du vaste spectacle ne peuvent être ignorés, car ils charrient un discours subliminal que l’on connaît trop, et qui fait de l’Eglise l’ennemi absolu de tout ce que l’on entend célébrer : tolérance, polyamour, hypersexualisation, indifférenciation des sexes… Il y avait là une profonde limpidité de l’attaque, que les intéressés on bien saisie, mais qui fut immédiatement niée par ceux-là même qui n’assumaient pas leur acte. Pourquoi le Pape resta-t-il silencieux ? Pourquoi la tolérance est-elle invoquée précisément pour en écarter ceux qui prônent de tendre l’autre joue ? Quelle inversion, quelle captation des valeurs… et quel travestissement des valeurs, pourrait-on ajouter : car inclure n’a jamais signifié fermer les yeux, ni agréer sans conditions. Nous autres catholiques commençons à être fatigués de ces éternelles provocations suivies d’accusations violentes dès que nous osons répondre sans tortiller à ces provocations. Cette Cène non assumée prouve d’elle-même ce qu’elle fut profondément, un mensonge (car même l’actrice principale évoqua la référence à l’Evangile sur X), et il y a là comme une leçon éclatante : la vérité n’est pas qu’une affaire de discours, de dialectique. C’est avant tout une question charnelle, de présence et d’exposition face au monde. Le mensonge, lui-même, n’est pas l’affaire d’un instant : il rebondit en chaîne et se répand par à-coups successifs. Ainsi, l’explication brutale, il y a quelques mois, selon laquelle la représentation picturale du dôme des invalides pour les JO effaçait la croix pour raison de laïcité… se retourne aujourd’hui totalement, à l’heure où l’on est allé jusqu’à parodier la Cène. 

D’aucuns invoquèrent le respect de l’esprit Charlie. D’autres, plus inspirés, rappelèrent qu’il s’agissait de célébrer des Jeux hors de toute accointance politique… Eh bien non… ils n’ont pas pu s’empêcher. Il fallait bien un peu de haine idéologique, pour peu qu’elle soit souriante, pour épicer le ragout. On n’attendait qu’à féliciter les organisateurs d’une cérémonie en presque tous points grandiose, avec ce sommet remarquable de grâce que nous offrit Céline Dion. En bien non. Encore raté. Il fallait gâcher le tableau d’une dernière touche acide, petite et minable… pour les beaux yeux woke des puissants du jour… Quel dommage.

Catholiques, rise up !

Publié par gaetanpoisson

Ancien séminariste, conférencier. Théologie catholique / Question de l'homosexualité au-delà de la rhétorique LGBTQI+

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