Mon interview par la revue Sexualités Humaines-5

S.H. : En quoi ton discours diffère-t-il clairement de ceux que tiennent les intégristes et les ligues de vertu extrémistes ?
G.P. : Être catholique, c’est refuser les dangers de l’intégrisme autant que les facilités de l’angélisme. C’est refuser de mutiler l’Évangile en assumant sa double dimension, libératrice et exigeante à la fois. Concrètement, cela exige de distinguer la morale du moralisme, et d’en tirer les conséquences : Jésus n’est pas venu annoncer Disneyland. Il nous veut fermes et doux à la fois, aimants et durs au mal : l’humanité réelle éprouve de la difficulté à se conformer à cet appel. Alors on transige, on privilégie une pente plutôt que l’autre… et c’est la catastrophe. Pratiqué ainsi, le christianisme donne Torquemada ou Bibi Fricotin. Ce n’est pas sérieux. Les intégristes mathématisent l’Évangile et le réduisent à un code de procédure civile, voire pénale, qui ferait des personnes homosexuelles des fantômes, car non cités nommément dans le texte. C’est que Jésus ne les qualifierait jamais selon l’étiquette réductrice qu’on leur accole aujourd’hui ! La personne homosexuelle n’a pas à rougir de sa nature, de ses inclinations sentimentales. Jamais ! Simplement, elle est invitée comme chaque être humain à éviter d’endommager le corps d’autrui. La sexualité est merveille : elle n’a rien d’une bagatelle ou d’un jeu sans conséquences. La chasteté dans la continence, à laquelle je crois, n’est pas un combat antisexuel. Elle est un chemin de perfection dépourvu de bordures barbelées. Ces barbelés, je les laisse aux intégristes et à leur instinct pornographique de l’interdiction. A quoi bon être catholique si cela signifie se conformer aux certitudes de l’époque ? Les non-croyants ont raison de combattre les dérives religieuses, mais ils doivent aussi accepter d’être interpellés par d’autres discours que ceux auxquels ils adhèrent. C’est cette tension dialectique qui nous manque aujourd’hui. En son temps, Albert Camus était capable de citer avec faveur Jean Chrysostome… alors qu’il était farouchement athée !
Pour réconcilier les mouvements dits conservateurs et dits progressistes, il existe un pont qui s’appelle la vie spirituelle et mystique. A ce sujet, le curé d’Ars est incontournable, vous pouvez me croire !