
















C’est immanquable : la simple évocation de « Saint Seiya » déclenche une bouffée de nostalgie rêveuse chez la plupart des ex-enfants des années 80/90. Par quelle magie ce phénomène de Pavlov ? Nous allons tenter d’y voir plus clair.
Derrière Saint Seiya se cache un manga japonais qui fut adapté il y a près de 40 ans sur les écrans français, sous le titre onirique « Les Chevaliers du Zodiaque ». Le dessin animé fut immédiatement populaire, dès sa première diffusion le 6 avril 1988 au Club Dorothée. Au même titre que Dragon Ball, la série est devenue culte et a passionnée les générations 70 / 80 / 90.
Qui ne connaît pas ce bijou télévisuel au parfum de mythologie grecque ? Rappelons le principal : on y suit les aventures de jeunes guerriers portant des armures sacrées sous la protection des constellations, aux ordres de la réincarnation d’Athéna et luttant contre d’autres chevaliers, qu’ils soient renégats ou sectateurs d’un dieu plus belliqueux.
Ce manga a eu un succès planétaire mérité, bien que certains analystes sévères aient critiqué sa linéarité et ses répétitions : Athéna est en péril alors les chevaliers de bronze partent vaincre leurs adversaires… Répétitif, un peu oui, reconnaissons-le. On adresse souvent ce reproche à Saint Seiya en y englobant la saga Asgard construite sur le même schéma que le sanctuaire et Poséidon ; or c’est oublier que cette partie n’existe pas dans le manga, elle n’a été créée que pour l’anime télévisé. Comprenons bien que la diffusion de l’anime allait plus vite que la création du Manga lui-même, et que dans ces conditions, des à-coups scénaristiques ont pu exister.
En fait, TOEI Animation a négocié la partie d’Asgard auprès du créateur Masami Kurumada pour lui laisser le temps de continuer la création de la suite du manga avec les parties Poséidon et Hadès. Enfin, Hadès s’est révélé une véritable révolution : tout y est assez original, avec ce climat de neuf qui fait plaisir aux fans (nouveaux alliés qui interviennent, trahison d’un des leurs, Athéna elle-même qui prend part au combat…)
Ce qui plaît tant dans cet anime, c’est le concept. Saint Seiya est un coup de génie de l’auteur, grâce à son « hypermyth » : un mélange de diverses croyances et religions du monde entier, ou prédomine la mythologie grecque mais où l’on trouve aussi des références au Bouddhisme, à la mythologie Nordique, à la chrétienté, et à diverses croyances païennes. Un éclectisme conçu à une époque où les chapelles spirituelles étaient peu enclines aux vertiges identitaires d’aujourd’hui. Ces mélanges ne choquaient pas alors. Ajoutez à cela le principe des chevaliers sacrés portant des armures sous la protection d’une constellation, le signe du zodiaque de chaque enfant personnifié par un guerrier à la couleur de cheveux suspecte, les hiérarchies entre chevaliers d’or, d’argent et de bronze, disponibles en figurines dans les magasins… avec tout cela, vous obtenez un manga d’une richesse impressionnante et très attrayant. Certains parlent de génie marketing. C’est réducteur, car l’imaginaire est ici moins calculateur qu’on pourrait le croire rétrospectivement.
Bien entendu, notre admiration pour ce manga ne cache pas une soudaine passion pour le syncrétisme ! Simplement, reconnaissons que ce genre d’anime, plein de valeurs exaltées au travers des épisodes, a aidé beaucoup d’enfants dans leur chemin vers l’âge adulte : l’encouragement à l’endurance, à la bravoure, l’évidence du choix difficile pour protéger les amis, le surpassement… Toutes ces valeurs infusaient dans les jeunes esprits sans qu’ils ne s’en rendent vraiment compte en regardant la télé. Par ailleurs, la morale n’allait jamais jusqu’au moralisme.
Bien plus que dans les anime actuels, les valeurs de l’amitié, du don de soi, du sacrifice, du travail et du courage étaient constamment mises en avant, avec une subtilité et une intelligence rare ; les « méchants » l’étaient rarement pleinement, subissant des évènements ou se fourvoyant. On y apprenait à ne pas être fanatique. L’ennemi était avant tout l’adversaire. Je connais plusieurs personnes qui peuvent témoigner de l’impact de ce manga dans leur vie professionnelle, certains sont devenus militaires pour s’engager dans un idéal plus haut qu’eux, dans la vie spirituelle également. Pour moi, ce fut une aide précieuse durant mes années collège difficiles. C’était un baume au cœur, un réconfort contre le harcèlement, l’isolement. Ces valeurs m’ont aidé dans beaucoup de domaine dans ma vie : jeûner, pardonner avec amitié et grandeur d’âme.
Aujourd’hui, avec l’identitarisme ambiant, certains pisse-froid sont tentés de dénigrer ce manga car il serait païen et loin du christianisme. Je dis là « non ». Toutes les valeurs que véhicule ce manga sont chrétiennes. Bien sûr comme nous l’avons vu plus haut, le syncrétisme imaginaire y est présent voire plusieurs gnoses, mais nous sommes dans le cadre d’une véritable création artistique qui transcende les cases spirituelles sans volonté de les concurrencer.
Le défi actuel est redoutable : comment transmettre les valeurs générales à nos enfants au milieu du monde ludique ambiant ? Désormais, le rapport à la morale et au champ des valeurs est gêné, aseptisé, ambigu. Les conséquences sont criantes sur le comportement des nouvelles générations.
Nous pouvons apprendre différentes sciences à propos de la mythologie et tant d’autres choses… Garder l’esprit ouvert, ce n’est pas accueillir tous les programmes sans condition, mais au contraire choisir ceux qui conjuguent nos repères à un imaginaire bienveillant, même lointain. L’esprit du don de soi et du sacrifice est chrétien, mais plus largement universel. Il est imprimé dans le meilleur des hommes depuis la nuit des temps. C’est cet écho vertigineux du passé que l’on sentait si fort dans Saint Seiya.
Ps : Je profite de cette petite communication sur l’univers manga pour vous dévoiler une partie de la collection de Miketigra