

C’est la question à cent euros : faut-il porter le petit drapeau arc-en-ciel sur le terrain pour prétendre lutter contre l’homophobie ? Inversement, refuser de porter ce brassard communautaire souligne-t-il un comportement suspect ?
Depuis quelques temps, les instances de la FIFA et de la FFF font de la politique sociétale. Les engagements contre les violences et le racisme sont anciens et bien ancrés dans les grands clubs de football. Il est légitime de sensibiliser les jeunes par tous les moyens possibles, et notamment au travers de leurs idoles. Les grands sportifs ont une influence sans commune mesure avec celle des politiciens sur les jeunes consciences.
Par l’exemple et leurs engagements citoyens hors du terrain, ils contribuent à façonner le tempérament collectif. Nous comprenons la légitimité d’utiliser leur image pour promouvoir des valeurs saines à l’opposé de la violence et du rejet. Or, comme en tout ici-bas, le Diable se loge dans les détails : un objectif humaniste et généreux peut être gauchi par certains biais ou raccourcis malencontreux. Il me semble que c’est précisément le cas lorsqu’on évoque la polémique des brassards aux couleurs LGBT sur les terrains : pour l’opinion publique majoritaire des pays démocratiques, le sigle LGBT recouvre comme un fanion l’ensemble des personnes concernées par l’homosexualité. En réalité, ce n’est pas vrai : beaucoup d’individus homosexuels ne partagent pas la philosophie de plus en plus partisane et « sexo-ludique » du mouvement LGBT. Des tempéraments conservateurs ou simplement critiques existent chez les gays (oui oui je vous assure), qui ne collent pas aux présupposés festivo-pansexuels de l’univers LGBT. Il serait temps de respecter les opinions de chacun, et de cesser d’assimiler la personne homosexuelle au drapeau LGBT, qui est un mouvement politiquement très marqué, et qui propose aux pouvoirs publics un agenda sociétal et des lois très précises.
Dans cette mesure, il serait temps d’opérer un retour critique sur ce mouvement international qui agit trop souvent comme un syndicat moral imposant des options très tranchées aux politiques et à la société. Voulant bien faire, les pouvoirs publics emboîtent généralement le pas, fermant les yeux, par exemple, sur les guerres intestines et les bagarres de plus en plus récurrentes entre factions LGBT (trans contre lesbiennes, etc…).
Par extension, si de jeunes joueurs de football se sentent mal à l’aise avec ce sigle, parce qu’ils tiennent à leur indépendance citoyenne, à leur refus de l’engagement pour des causes qu’on leur présente comme évidentes, alors il s’agit de respecter ces personnes, et leur droit à ne pas prêter leur image pour ces engagements-là. J’observe donc avec un certain effarement cette tendance nouvelle à clouer au pilori tel ou tel joueur qui aurait refusé de se faire imposer le petit drapeau LGBT sur le biceps : juger qu’il s’agit là forcément d’un comportement homophobe relève de l’erreur la plus flagrante, d’un amalgame énorme.
Non, messieurs les censeurs, le drapeau LGBT, son agenda politique et ses options sociétales marquées ne sauraient être assimilées au monde homosexuel au sens large. A moins de considérer que « les homos pensent forcément pareil sur la sexualité, la libéralisation de la société, etc », il serait temps d’arrêter ce chantage dangereux à l’homophobie.
S’il est vrai que certains sportifs identitaires refusent le brassard LGBT car ils vomissent les homosexuels, d’autres n’entendent simplement pas signer un chèque en blanc à un mouvement métapolitique de plus en plus vindicatif, dont ils ne se sentent pas proches, ou plus proches à cause de l’évolution des revendications en jeu (passer du combat pour la non-stigmatisation à la promotion de valeurs « non-binaires » chez les tout petits, cela peut poser question légitimement, sans que celui qui ose ainsi s’interroger soit à qualifier d’homophobe !). Leur choix doit être respecté, et qu’on leur fiche la paix. La suspicion quasi-automatique devant ces jeunes footballeurs, dès qu’ils sont musulmans ou chrétiens, est en revanche un vrai problème. La lutte contre l’homophobie mérite mieux que le port d’un brassard imposé ! Quelle ironie de ne pas voir cette obscénité comme le nez au milieu de la figure…