Mon interview par la revue Sexualités Humaines-4

S.H. : A l’opposé d’un certain discours ambiant, tu affirmes haut et fort que l’Eglise n’est pas homophobe. Sur quels arguments te fondes-tu pour dresser un tel plaidoyer ?
G. P. : L’Eglise n’est précisément pas homophobe, car elle accueille chacun tel qu’il est sans exiger de conditions préalables ; cependant, et c’est tout différent, elle demande à chacun d’évoluer vers le modèle d’humanité qu’elle propose. En négligeant cette nuance fondamentale, une certaine opinion se croit fondée à dénoncer un « rejet des homosexuels par l’Eglise ». Surtout, L’Eglise proclame régulièrement le prophétique « N’ayez pas peur » du pape Jean-Paul II, injonction parfaitement inverse à la « phobie ». Il s’agit d’un appel programmatique, idéal, qui doit inspirer tout chrétien dans ses actes, quels qu’ils soient. Il est vrai que l’Eglise, en pratique et au travers de ses membres, manque de finesse à l’endroit des personnes homosexuelles : celles-ci sont trop souvent traitées comme des sujets « fragiles » à ne pas trop bousculer. On craint de les effaroucher, de se faire traiter d’intégriste rétrograde, alors on propose un Évangile light, une spiritualité délayée ou optionnelle aux gays… Ce qui, concrètement, revient à isoler ces derniers des autres croyants. Ce n’est pas eux, mais la dimension morale de l’Évangile qu’on met sous cloche. Cette explication, avouons-le, est loin d’épuiser le problème : il est vrai que certains prêtres professent une hypermoralité sexuelle en lieu et place de la Parole, qui est autrement plus exigeante pour les fidèles. Il y a fort peu de chance – sinon aucune – d’entendre un jour le prêtre déclamer en messe : « Mes frères, gardez-vous de la sodomie, priez à jeun, et les boucs seront bien gardés ». Je le précise, car c’est ce que tendrait à faire accroire certaines rumeurs… Le fond du problème, c’est l’image, « l’appeal » de l’Eglise auprès de générations qu’on a saturées de préjugés sucrés contre le « dogme ». L’Eglise, dans l’inconscient collectif, n’est plus qu’un képi prescripteur : c’est là, encore une fois, confondre Eglise et jansénisme, Hillel et Shammaï. La prose austère de la dogmatique romaine est telle par nécessité de clarté, de précision… tout comme la loi de notre Code civil par ailleurs ! On se laisse trop souvent avoir au jeu de la tonalité. Prétendre que l’Eglise est homophobe relève d’une certaine paresse intellectuelle, j’ajouterais même de couardise intellectuelle : il est légitime de formuler des désaccords sérieux devant son discours, mais en acceptant l’éventualité d’être bousculé par celui-ci. Dans les faits, on se refuse d’emblée à cette éventualité. C’est bien dommage. Convenons qu’un discours spirituel est difficilement compatible avec l’ultra-libéralisme des sens ; il n’est pas tant là pour condamner que pour porter « au-delà ». Dans ses Carnets intimes, le philosophe Maurice Blondel écrivit un jour : « Vous n’avez, Seigneur, blessé personne, vous n’avez frappé de mort que le figuier stérile ».