Entre Job et jobards : les catholiques LGBT allemands

Le 24 janvier dernier, une centaine de conjurés a fait trembler les blanches colonnes de l’épiscopat allemand. On apprenait avec émoi, pour la énième fois, que des catholiques LGBT+ ne souhaitaient plus “vivre dans la peur” et raser les murs dans l’Eglise au sein de laquelle ils ont choisi de travailler librement. Parmi ces voix meurtries qui dénoncent l’hypocrisie institutionnelle et sa volonté farouche de regarder ailleurs, on retiendra celle d’un prêtre homosexuel, Uwe Grau, catégorique :

 “Je ne veux plus me cacher”. 

Etonnante révélation. Ne plus vouloir se cacher, vraiment ? Mais qui donc cherche, furète, traque ou dresse des nasses ? Par quel mystère une Eglise hypocrite et pleutre gémirait depuis des années 

“On ne veut pas savoir, ne nous obligez pas à voir en face la vérité de votre inclination”

Tout en obligeant des êtres dévoués à se cacher, à mentir sur eux-mêmes et leurs options sentimentales ? Il y a là, pourrait-on supputer, un mystère radical à faire pâlir Job sur son tas de fumier. Comment est-il donc possible que les uns se cachent et se taisent en tremblant, quand les autres s’ingénient à fermer les yeux, et se bouchent les oreilles à tout rompre ? Mystère des mystères, ma bonne dame. 

A moins que Saint Jobard… non, serait-ce possible ? Allons… Et si la naïveté, pour quelques grammes tout au plus, participait de ce marronnier dogmatico-sociétal ? Ce n’est pas que j’ai le cœur sec (je sais combien l’Eglise, par ses prêtres, peut être malhabile et incompétente face à une parole qui avoue son homosexualité). Et pourtant, ici, je crois bien que je cale… je “n’achète” pas cela. Trop gros, trop vu, et d’un contradictoire qui ne se soupçonne pas un instant. Oui, l’Eglise officielle est hypocrite devant la question de tous ses effectifs “LGBT”. Mais enfin, pourquoi l’est-elle, sinon parce qu’elle ne sait comment annoncer l’Evangile de l’accueil et ses exigences maximalistes (sauver le monde en se sacrifiant aux lions, ce n’est pas tellement rien) ? Qui donc se sent vraiment traqué, lorsque l’Eglise supplie piteusement :

Epargnez-nous vos secrets d’alcôve, on sait, oui on sait… mais pitié, un peu de discrétion

Ce n’est pas bien sérieux, cela relève même de la crise éthique, plantée au cœur de l’Eglise : comment l’Institution peut-elle ainsi faire l’autruche tout en prétendant annoncer l’héritage des martyrs missionnaires qui ont donné leur vie au monde ? Bravant Néron, la Rome païenne, et les Barbares sanguinaires, voici qu’elle supplie le personnel catholique LGBT allemand de lui épargner la cigüe médiatique. Des prêtres, des professeurs de théologie, des salariés de l’Eglise, des fidèles… Ils sont homos, bi, trans, et proclament lors d’un coming-out général, en place publique, leur secret. Allons, allons… sans préjuger des réelles questions de droit du travail au sein de l’entreprise Eglise et des évolutions de statuts possiblement entravées, sommes-nous, vraiment, devant un scandale insoutenable ? Je ne crois pas. Ce que je crois, c’est qu’en dépit des réalités compliquées que vit l’Eglise face aux pressions de la société contemporaine, il y a une part de mensonge par omission chez ces victimes auto-désignées. La véritable question étant : qui, de l’Eglise ou des croyants LGBT+, juge vraiment qui ? 

Publié par gaetanpoisson

Ancien séminariste, conférencier. Théologie catholique / Question de l'homosexualité au-delà de la rhétorique LGBTQI+

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