Le Goliath sociétal : la question des thérapies de conversion

À propos des thérapies dites de « conversion », le sujet est important, voire piégeux. Certaines personnes ont vécu de grandes souffrances, il convient de le souligner sans faire de cette souffrance un argument discursif. A mon petit niveau, je peux en témoigner, ayant dû supporter deux ans de prières d’exorcisme, ainsi qu’une retraite de guérison parce que j’avais une sensibilité homosexuelle et parce que je vivais une grave dépression. Je ne souhaite à personne de vivre le quart de la moitié de ces expériences. C’est inhumain. 

Il est nécessaire de sortir de la crise émotionnelle pour se rendre au réel pur, rêche, afin d’éviter toute tentation idéologique. Est-ce vraiment le rôle de l’Etat de faire voter une loi sur ce sujet ? Je ne le crois pas, bien qu’il soit le garant de nos libertés citoyennes. Personnellement, je suis contre les thérapies de conversion mais aussi contre le fait que l’Etat s’immisce sous couvert d’intentions protectrices dans les affaires de l’Eglise. Le principe de laïcité est subtilement floué au travers d’arrière-pensées anticléricales. Bien entendu, il est impératif de protéger les personnes homosexuelles. Mais c’est à l’Eglise de régler cette situation, l’Etat ne produisant généralement que des normes froides ou subtilement prohibitrices au-delà de leur périmètre avoué. L’Eglise doit faire son travail, ce qui implique prosaïquement de faire le “ménage”. Certes pas à la façon des cavaliers de l’Apocalypse ! En donnant des indications précises sur l’accompagnement des personnes homosexuelles et en réglementant avec grande vigilance les retraites dites de “guérison intérieure”… Cette formulation laissant, il est vrai, un espace de tentation pour certains clercs mal zélés. L’Etat, lui, n’a pas à instrumentaliser la personne homosexuelle sous prétexte de la protéger ; en faire un projectile contre l’Eglise n’est pas précisément requis.

Plus généralement, on enferme les personnes homosexuelles dans une dialectique victimaire. On les infantilise, on en fait des gravures sous verre. On les fétichise. C’est beaucoup plus paternaliste que ce que fait l’Eglise, qui demeure hésitante et incertaine dans sa pastorale. La dialectique victimaire est encore plus aliénante que les thérapies de conversion, car elle enrôle et politise ce qui ne devrait pas l’être. On fétichise l’agir homosexuel, on l’élève hors sol, on interdit le questionnement critique. Résultat : des tas de vies bousillées. 

La vérité, c’est que les associations pro LGBT tapent sur l’Eglise en exigeant que le contenu moral de l’Evangile ne concerne pas les homosexuels. La discrimination, elle est là. On fait comme si les personnes homosexuelles n’étaient pas en mesure d’assumer l’Evangile et les rigueurs qu’il commande. 

D’ailleurs, le philosophe Michel Foucault lui-même avait flairé le piège victimaire sur la question. Je vous laisse méditer sa pensée :

« A nous d’avancer dans une ascèse homosexuelle qui nous ferait travailler sur nous-mêmes et inventer, je ne dis pas découvrir, une manière d’être encore improbable » (Michel Foucault, Entretiens sur la question gay)

Il faut rester circonspect, bien qu’accueillant dans la discussion, face aux associations telles que David et Jonathan (j’en ai fait partie) ; certains instrumentalisent la souffrance pour en faire un étendard contre l’Eglise, consciemment ou non. Le but inavoué de la bataille contre les thérapies de conversion est trop souvent de museler la Parole de l’Eglise – ou, plus grave, de reformater quelque peu cette Parole au profit d’attentes actuelles. Ne nous y trompons pas ! Le clivage n’est décidément pas entre progressistes et réacs (opinion sécurisante), mais entre tenants du primat sociétal et ceux qui font valoir l’importance d’un ancrage plus large de la personne dans son milieu spirituel et citoyen. 

Si Dieu n’était pas intervenu dans ma vie, si j’étais resté seulement sur ma souffrance et l’émotionnel, je ferais certainement partie aujourd’hui de ces groupes. Je les connais bien, et m’autorise une certaine sévérité à leur égard, sans incriminer les personnes : ils utilisent trop souvent les procédés rhétoriques pour clouer le bec à la Vérité et à la parole de l’Eglise (une foule d’exemples concrets et documentés pourraient être évoqués) ; ils manœuvrent spécieusement pour mener leurs projets à terme, sans se soucier de la pointe de la Charité qui consiste au Salut des âmes (quel chrétien pourrait dire le contraire ?) : peut-on, en conscience, relativiser le Salut des âmes lorsqu’on s’annonce chrétien ? Leurs solutions sociétales s’opposent au travail intérieur des personnes homosexuelles cheminant dans un désir d’exigences évangéliques, sans biaiser, et qui reçoivent l’enseignement de l’Eglise sans tricher : à ceux-ci, que raconte-t-on sinon qu’ils sont des bêtes curieuses, ou qu’ils déraillent gentiment ? Ne serait-ce pas une forme d’homophobie ?

J’ai conscience – et je l’ai vécu – que nous pouvons être gravement blessés par des membres de l’Eglise. Il ne s’agit pas d’opter pour un aveuglement, bien au contraire. J’ai conscience qu’il y a des choses à changer, du discernement à avoir sur certaines situations, évacuer les fraudeurs, les manipulateurs, les abus de toute sorte, en particulier d’ordre sexuel dans l’Eglise ! Il faut accueillir chacun, chaque souffrance, accompagner la personne dans son désir de retrouver la paix intérieure ; il faut demander la grâce de pardonner pour avancer. Bien sûr, être une personne avec une attirance homosexuelle n’est pas un choix, on n’en guérit pas tout simplement parce que ce n’est pas une maladie. Il faut être clair sur ce sujet ! En revanche, Dieu peut guérir de nombreuses blessures, il peut combler chacun au-delà de nos espérances lorsqu’on lui offre tout ; ce n’est pas un Dieu sadique. Historiquement, ce n’est pas un scoop : la chasteté dans la continence est la voie offerte par Dieu pour suivre le Christ pour les personnes homosexuelles, COMME pour les personnes hétérosexuelles qui ne se marient pas. Celles qui se marient doivent vivre la chasteté (il n’y a rien d’anti-sexuel dans la notion), c’est-à-dire l’amour vrai, le don de soi, l’écoute, pas de manipulation et d’emprise sur l’autre… ne pas utiliser la contraception chimique, en ce sens qu’elle finit fatalement par éloigner sexe et amour, comme toutes les enquêtes sociétales nous le démontrent aujourd’hui, avec 40 ans de recul. Eh oui, petit scoop : assumer d’être chrétien, c’est exigeant ! Il n’y a pas d’engagement sans gravité, sans mise à disposition existentielle. 

La vraie chasteté est un don gratuit de Dieu, elle ne peut venir que de Lui. Il ne faut l’instrumentaliser ni dans un sens ni dans l’autre.

Prenons garde à ne pas tomber dans le jeu diabolique qui consiste à diviser pour mieux régner, qui consiste à briser l’Eglise Une, Sainte, Catholique. Ces adjectifs seraient-ils de trop ? Pèseraient-ils trop lourd ? La tête de l’Eglise est le Christ et elle est dirigée par l’Esprit-Saint (quel chrétien pourrait le nier ?), les hommes et femmes de l’Eglise sont tous pécheurs, moi le premier : mais comment reconnaître cette évidence tout en la niant dans les faits, en parlant de discours excessif ou conservateur ? Si l’on se reconnaît pécheur, n’est-ce pas qu’il faut nous corriger vers plus de sérieux ? La sagesse invite au dialogue et à trouver les solutions nécessaires dans la Paix. L’humilité consiste à écouter la souffrance de nos frères et sœurs, nous avons tous besoins des uns des autres dans l’amour, au-delà de la jolie sonorité du mot ; trouver des solutions dans nos vies pour vivre avec la joie, ainsi qu’accepter la Parole de Dieu, pleine et entière – serait-elle à la carte ?

Mon reproche à ces associations, je l’émets dans la charité et le respect sans prétendre à l’infaillibilité : Qui invente ? Qui aménage, relativise, atténue ? Ne serait-il pas plus simple, si l’on n’accepte pas cette part exigeante de l’Evangile, courageusement, de prendre ses responsabilités et de reconnaître que l’on n’adhère pas véritablement à ce message ? Biaiser en arguant que l’Evangile c’est l’accueil, c’est mentir par omission : Jésus accueille précisément tout le monde, quel que soit son état, mais en l’engageant à mettre derrière lui ses péchés. 

N’est-il pas demandé, oui ou non, de porter Sa croix et de renoncer à soi-même à la suite du Christ ? Exigence terrible à entendre j’en conviens, mais qui contestera qu’elle est au cœur de l’Evangile ? Que veulent-ils, ces groupuscules ? Que l’Eglise suive l’esprit du monde plutôt que celui du Christ, et qu’elle remette ses responsabilités propres à la société civile. Est-il sérieux d’attendre de l’Eglise qu’elle soit un phare, à la condition que ce phare éclaire le chemin que nous avons déjà choisi ?  

Veulent-ils qu’on modifie, qu’on supprime des versets bibliques gênants, afin de ne plus embêter personne ?  

Dieu peut TOUT, et cette circonstance est-elle bien présente à l’esprit de ces personnes militantes, qui ne croient pas aux miracles ni en la grâce de Dieu ? Jésus est le médecin de nos cœurs, de nos âmes et de nos corps. Je ne souhaite blesser personne par ce texte. Jésus nous montre le chemin de l’exigence, non pas pour nous écraser mais pour nous élever. Excusez-moi d’avoir parlé ainsi, peut-être avec rudesse : mais c’est l’affection et l’amour que j’ai pour vous qui m’y ont décidé, et chacun est libre d’accueillir ou non mes paroles. Que la prière soit notre force.

Oui, Jésus peut TOUT, même dépasser les utopies politiques !

Publié par gaetanpoisson

Ancien séminariste, conférencier. Théologie catholique / Question de l'homosexualité au-delà de la rhétorique LGBTQI+

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